JAFFA

Titre original : Kalat Hayam
Réalisateur : Keren Yedaya
Casting :
Divers : Israël - 2009 - 1h45 - VOSTF
Prix : Sélection Officielle Festival de Cannes
Situé au coeur de Jaffa, une ville que les Israéliens surnomment " la fiancée de la mer ", le garage de Reuven est une affaire familiale. Il y emploie sa fille Mali et son fils Meir, ainsi que Toufik et Hassan, un jeune Palestinien et son père. Personne ne se doute que Mali et Toufik s'aiment depuis des années. Alors que les deux amants préparent en secret leur mariage, la tension monte entre Meir et Toufik...
Histoire d'un lieu
La ville de Jaffa est un paradoxe urbain, qui accueille à la fois les difficultés du dialogue israélo-palestinien et la richesse culturelle de la civilisation que ces deux peuples ont en partage. Cosmopolite, "la ville aux oranges" a servi de refuge aux prisonniers des camps de concentration, à partir de 1948 et de la création de l'Etat d'Israël. Aujourd'hui, la richesse de Jaffa réside dans son port et plus précisément dans cette ouverture maritime qui escamote discours politiques et dogmes religieux. Juifs, Arabes, Chrétiens, Orthodoxes ou Druzes, tous, foulent les pavés de cette ville. "En tournant à Jaffa, j'ai essayé de montrer que le conflit entre Israël et la Palestine ne peut pas être réglé en érigeant un mur", déclare la cinéaste Keren Yedaya.

Un projet politique mais esthétique
C'est après avoir achevé le scénario de Mon trésor que Keren Yedaya a commencé à réfléchir au projet de Jaffa, qu'elle voulait politique et focalisé sur le conflit israélo-palestinien. Le désir premier de la cinéaste restait néanmoins de toucher un public plus large que les passionnés de politique eux-mêmes. Elle a ainsi trouvé son inspiration à la fois esthétique et politique dans le cinéma égyptien de son enfance: "Du point de vue du style, je voulais surtout faire un film séduisant et accessible : je souhaitais que Jaffa ressemble à un mélodrame populaire...une sorte de friandise pour le public, mais avec un goût étrange", confie-t-elle. Elle a ainsi renoncé à la grue ou à la dolly afin de s'écarter du modèle majeur occidental, au profit du zoom considéré comme mineur et populaire. Cherchant à élargir sa créativité, le metteur en scène a en outre voulu montrer qu'il était possible "d'apprécier la culture de l'autre (dans [s]on cas, la culture arabe), et pas uniquement la culture européenne qui reste le paradigme de ce qu'on considère comme "artistique"."

Echanges de points de vue
A l'origine de deux courts-métrages en 2001 et de Mon trésor, son premier long-métrage en 2004, Keren Yedaya a depuis toujours travaillé en collaboration avec ses amies Sari Ezouz et Illa Ben Porat pour l'écriture de scénario.

Peinture familiale
Intéressée par "ceux qui luttent pour leurs besoins humains fondamentaux", Keren Yedaya met toujours en scène des personnages issus d'un milieu modeste. Si la famille de Jaffa semble tout à fait ordinaire, en réalité, elle est selon la cinéaste "passablement perturbée" par le manque de communication. Sur le plateau, Moni Moshonov, qui joue le père de famille, a confié à la réalisatrice qu'il avait brusquement saisi le sens de ce qui se jouait au sein même du milieu décrit: "Je comprends maintenant : je suis la voix de ceux qu'on n'entend jamais. J'ai l'air d'être le type sympa, pas raciste, bon père de famille etc... Mais en fait, je suis aussi coupable que les autres", lui a-t-il confié, conscient de faire partie intégrante avec ce rôle, de la violence et du racisme ambiants.

La scène de l'hôpital
Extrêmement difficile à tourner, la scène de l'hôpital est de celles que les cinéastes évitent le plus souvent, selon Keren Yedaya: "Personnellement, je pense que ces moments-là, où il ne se passe soi-disant rien, sont ceux qui se situent entre les scènes dites "fortes" et qui sont les plus intéressants", professe la réalisatrice, désireuse de s'attarder sur la douleur de la famille mise en scène.

Evolution du casting
Dans le scénario d'origine, les rôles principaux de la famille étaient inversés, la mère étant Ashkénaze et le père marocain. Or, lorsque l'un des acteurs s'avère n'être plus disponible, Keren Yedaya voit en un déclic Ronit Elkabetz et Moni Moshonov comme le nouveau couple parfait. Il ne lui reste plus qu'à intervertir leurs origines. Voulant retravailler avec Dana Ivgy, elle a choisi de lui confier le rôle de la fille, en raison de la ressemblance existant entre les deux actrices: "Il y a un plan de Dana au réveil où j'ai cru, l'espace d'un instant, que c'était Ronit. Elles sont formidables", affirme-t-elle.

Un rôle familier
Ronit Elkabetz a tourné avec Keren Yedaya dans son premier long-métrage, Mon trésor. L'actrice y campait déjà le rôle de la mère du personnage joué par Dana Ivgy, avec qui elle partage une "alchimie, silencieuse et puissante (...), évidente": "Pour moi, c'est très naturel de continuer à incarner la mère de Dana dans un nouveau cycle de vie et je serais heureuse si la vie nous offrait d'autres occasions de travailler ensemble", confie t-elle. Ronit Elkabetz a pris également plaisir à travailler avec sa cinéaste favorite, pour qui le scénario est une base de travail destinée à évoluer, et qui attend de rencontrer les comédiens pour le développer et l'approfondir sans faire de compromis. Un travail quotidien qui dure, selon elle, un ou deux mois et se poursuit jusqu'au dernier jour du tournage.
"Un film magnifique, entre réalisme et tragédie intemporelle." Studio Ciné Live
"Beau et déchirant comme Roméo et Juliette (...) Jaffa laisse intelligemment le spectateur être l'arbitre de ce drame populaire." Le Figaroscope
"Film sensible et dérangeant." TéléCinéObs
"Une oeuvre forte et subtile, métaphore politique et sociale déplacée sur le terrain de l'intime (...)" La Croix
"Par quel miracle le cinéma israélien est-il de plus en plus juste et nuancé dans la description d'une société toujours plus insensible à la souffrance des autres - les Palestiniens - et à la sienne propres?" Libération
"Keren Yedaya signe un film extrêmement dérangeant, où elle s'en prend aux hypocrisies politiques, aux mensonges sociaux, aux contradictions de la société israélienne (...) L'hypocrisie politique y transpire sous un drame humain complexe." Le Monde
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