2046

Réalisateur : Wong Kar-Wai
Casting :
Divers : Chine - 2004 - 2h09min - VOSTF
Hong Kong, 1966. Dans sa petite chambre d'hôtel, Chow Mo Wan, écrivain en mal d'inspiration, tente de finir un livre de science-fiction situé en 2046. A travers l'écriture, Chow se souvient des femmes qui ont traversé son existence solitaire.
Passionnées, cérébrales ou romantiques, elles ont chacune laissé une trace indélébile dans sa mémoire et nourri son imaginaire. L'une d'entre elles revient constamment hanter son souvenir : Su Li Zhen, la seule qu'il ait sans doute aimée. Elle occupait une chambre voisine de la sienne ? la 2046...
Cinq années de travail
S'il a eu l'idée de "2046" en 1997 - année de la rétrocession d'Hong-Kong à la Chine, Wong Kar-Wai a commencé à y travailler en 2000, à la fin du tournage d'"In the Mood for Love". Cinq ans lui auront été nécessaires pour terminer ce film, tourné entre Shangaï, Hong-Kong, Bangkok et Macao : aux nombreuses évolutions qu'a fait subir le cinéaste à son projet (changements de casting et de compositeur notamment, puis très long travail de montage) s'est ajouté un facteur extérieur : l'épidémie de SRAS (cas de pneumonie atypique) qui s'est propagée en Asie au début de l'année 2003 a en effet retardé le tournage de certaines scènes.

Les intentions du cinéaste
"Nous avons tous besoin d'un endroit où stocker, voire cacher, souvenirs, pensées, impulsions, espoirs et rêves. Ce sont des aspects de nos vies que nous ne pouvons résoudre ou plutôt sur lesquels nous ne pouvons agir, mais en même temps nous redoutons de nous en délester. Pour certains cet endroit est un lieu réel, pour d'autres un espace mental, pour un plus petit nombre ce n'est ni l'un ni l'autre. "2046" est un projet entamé il y a quelque temps. Le chemin pour achever le film fut long et riche en péripéties. Tout comme les souvenirs que nous cherissons, il est difficile de s'en défaire."

Le titre du film
Le titre choisi par Wong Kar-Wai pour son nouveau film était le numéro de la chambre d'hôtel de "In the Mood for Love", lieu de rencontre des deux protagonistes. Ce chiffre fait également référence à la dernière année durant laquelle Hong Kng bénéficiera en Chine d'un statut spécial.

Tony Leung / WKW : happy together
C'est la sixième fois que Tony Leung Chiu Wai tourne sous la direction de Wong Kar-Wai après "Nos années sauvages", "Les Cendres du temps", "Chungking Express", "Happy Together" et "In the Mood for Love" - un film qui lui avait valu le Prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes en 2000.

Un petit tour de Maggie
Comédienne-fétiche de Wong Kar-Wai - elle fut l'héroïne de quatre de ses films, de "As Tears go by" en 1988 à "In the Mood for Love en 2000", Maggie Cheung ne fait qu'une courte apparition dans "2046". Le cinéaste lui avait proposé de tenir un des rôles principaux du film, qui lui semblait trop proche de celui qu'elle avait tenu dans "In the mood for love" -Tony Leung s'appelle Chow Wo-Man dans "2046", comme le personnage qu'il incarnait dans le film de 2000. De plus, elle devait tourner à la même période "Clean" d'Olivier Assayas, le film pour lequel elle a décroché le Prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes. Au terme de la projection de "2046" sur la Croisette, les spectateurs interloqués se demandèrent si Maggie Cheung - dont le nom figure au générique du film- était, ou non, présente dans le film qu'ils venaient de voir...

Suspense sur la Croisette
Annoncé comme l'un des événements du Festival de Cannes 2003, "2046" a été... l'un des événements du Festival de Cannes 2004, même s'il a bien failli ne jamais être projeté sur la Croisette. Le long-métrage a en effet été sélectionné alors que Wong Kar Waï n'en avait pas encore achevé le montage. Le réalisateur aurait même retourné certaines scènes quelques jours avant la présentation du film au festival, même si, selon l'intéressé, il s'agissait essentiellement de retravailler les effets spéciaux... "2046" allait-il être terminé à temps ? Le suspense s'est poursuivi jusqu'au jeudi de la projection : en début d'après-midi, le festival ne disposait que de 20% de la copie. Le réalisateur - qui était attendu le mercredi, mais a raté son vol...- est alors arrivé en avion privé à Cannes, les bobines manquantes sous les bras (il aurait, selon certaines rumeurs, bénéficié d'un couloir aérien). Au prix de modifications dans le calendrier des projections, le film a finalement pu être présenté dans la soirée... Mais, donné comme l'un des favoris pour la Palme d'Or, "2046", qui était présenté en compétition, est reparti bredouille.

Annulation à Edimbourg
Après les péripéties cannoises, "2046" devait être présenté dans sa version définitive au Festival d'Edimbourg qui s'est tenu au mois d'août dernier. Mais Wong Kar Waï, insatisfait, a une nouvelle fois décidé de retourner en salle de montage, annulant de fait cette projection. Philosophe, le directeur artistique du Festival Shane Danielson avait alors déclaré : "Ce n'est qu'une des conséquences de travailler avec des artistes géniaux et excentriques."

D'autres projets
Entre le début et la fin de la production de ce film, le cinéaste a pu tourner "The Hire", un court-métrage commandé par BMW, dans le cadre d'une série à laquelle ont également participé Alejandro González Inárritu, John Woo ou encore John Frankenheimer, mais aussi "Six days", un vidéoclip pour DJ Shadow. Il a également réalisé un des trois segments d'Eros, film à sketches co-signé par Michelangelo Antonioni et Steven Soderbergh et présenté à la Mostra de Venise en 2004. Dans ce court-métrage intitulé "The Hand", le cinéaste retrouvait deux des héros de "2046" : Gong Li et Chang Chen.

L'oeil Doyle
Wong Kar-Wai a choisi de retravailler pour "2046" avec Christopher Doyle, directeur de la photo australien qui a marqué de son empreinte unique tous les précédents longs-métrages du cinéaste de Hong-Kong. Deux autres chef-opérateurs ont participé à la conception de "2046" : Lai Yiu Fai -qui fut assistant de Doyle- et Kwan Pun Leung, qui travailla notamment avec Stanley Kwan.
Dernier projet de Jean-Yves Escoffier
Au départ, le cinéaste avait fait appel pour "2046" au chef-opérateur français Jean-Yves Escoffier. Mais celui-ci est décédé le 1er avril 2003 des suites d'un arrêt cardiaque. Fidèle collaborateur de Leos Carax, il avait notamment signé la photographie de "Mauvais sang" et des "Amants du Pont-Neuf", mais aussi de "Trois hommes et un couffin" de Coline Serreau. A partir du milieu des années 90, il était parti aux Etats-Unis, travaillant avec Gus Van Sant ("Will hunting"), Harmony Korine ("Gummo") ou encore Robert Benton ("La Couleur du mensonge", un de ses derniers films, sorti en 2003).

Juke-box
La musique était très présente dans "In the Mood for Love", le précédent film de Wong Kar-Wai - qu'il s'agisse de la bande originale composée par Umebayashi Shigeru et Michael Galasso ou des chansons additionnelles comme Quizas interprété par Nat King Cole. C'est encore le cas dans "2046", dont la musique a été en partie composée par Umebayashi (et dans lequel on entend de nouveau Nat King Cole) : chacun des trois personnages féminins principaux est associé à un style : la rumba, le cha-cha-cha et les mélodies de Dean Martin pour celui qu'incarne Ziyi Zhang ; l'opéra pour Faye Wong ; la musique de film pour Gong Li.
Un hommage aux compositeurs de musiques de film
Le cinéaste a commandé une partition à Peer Raben, grand compositeur allemand, réputé pour sa collaboration avec Fassbinder. Celui-ci a écrit une musique originale qui est une sorte de réinterprétation du thème de La Troisième génération (film réalisé par Fassbinder en 1979), mais Wong Kar-Wai a également emprûnté un extrait de la musique de Querelle (1982). De plus, le cinéaste rend hommage au compositeur de la Nouvelle vague Georges Delerue en utilisant un thème qu'on entend dans Vivement dimanche ! de Truffaut, et au Polonais Zbigniew Preisner, en utilisant un extrait de la musique qu'il avait écrite pour Tu ne tueras point de Kieslowski. Il cite également ses propres film puisqu'on entend dans "2046" des extraits de la BO de Nos années sauvages. A ce propos, Wong Kar-Wai déclare : "Les extraits musicaux obéissent à des cycles, au gré des souvenirs et des oublis. Une partition peut ressurgir d'un film à l'autre, mais elle invite toujours au même voyage, semblable à un train qui refait indéfiniment le même trajet. Les morceaux se mêlent les uns aux autres ; une impression nouvelle s'ajoute à la précédente, sans parvenir à l'estomper entièrement.

Retrouvailles
"2046" marque les retrouvailles de Wong Kar-Wai avec Faye Wong, une comédienne qu'il avait dirigée dix ans plus tôt dans "Nos années sauvages" et avec Carina Lau, qu'il avait fait tourner dans Nos années sauvages et "Les Cendres du temps".

Chef déco, costumier et monteur...
On remarque au générique la présence de William Chang, qui présente la particularité d'être à la fois chef décorateur, costumier et monteur de "2046". Il accompagne Wong Kar-Wai depuis le premier film du réalisateur en 1988, "As Tears go by", mais a également travaillé avec Tsui Hark et Stanley Kwan.
Le Nouvel Observateur
"2046" procède d'une addition de moments qui pour beaucoup touchent au sublime, instants volés au temps, impressions suspendues (...). "2046" millésime sublime.

Zurban
(...) un film conçu pour faire le deuil du précédent, et pour interroger les doutes narcissiques de l'artiste. Eblouissant.

Aden
Splendide, "2046" est d'une magnificence visuelle qui a peu d'équivalence dans le cinéma d'aujourd'hui. Tout y est conçu selon une pensée d'artiste, et d'artiste qui voit dans le cinéma un art de l'espace et du temps.

L'Humanité
Wong Kar-wai excelle dans tous les registres plastiques et temporels, fait oeuvre de l'amour et de la création, relie dans leur essence commune souvenir et imaginaire et donne un film d'une beauté fatale aux conventions dont il sait à merveille se jouer. À voir mille fois.
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