AVANIM

Réalisateur : Raphaël Nadjari
Casting :
Divers : France / Israël - 2005 - 1h50 min - VOSTF
Michèle est une jeune femme d'une trentaine d'années, mariée, et mère d'un jeune garçon. Elle travaille avec son père dans un cabinet comptable de Tel-Aviv qui a notamment pour clients des institutions religieuses orthodoxes. Son quotidien se partage entre son enfant, son époux, son travail, et son amant. Le jour où elle apprend la mort tragique de ce dernier, sa vie bascule...
Le quartier Hatikva (l’espoir en hébreu, du nom de l’hymne israélien), situé au sud-est de Tel-Aviv, a été bâti en 1936. A la fin de cette décennie, ce quartier périphérique sort pour la première fois de l’ombre en devenant l’un des sièges de la résistance juive contre le mandat britannique en Palestine. La rue principale du quartier porte jusqu’à nos jours le nom, en initiales, de l’une des branches de cette résistance: l’Ezel (Organisation Armée Nationale).

Dans les années 50, le quartier accueille une population juive séfarade en provenance d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Cette communauté composée d’immigrés irakiens, syriens et yéménites donne alors ses couleurs à Hatikva en y bâtissant de nombreuses synagogues, mais aussi des restaurants traditionnels et même un grand souque. Or malgré ces aspects folkloriques, Hatikva devient vite un quartier très pauvre, marginal, coupé de la vie économique et culturelle bouillonnante du centre et du nord de Tel-Aviv. Le quartier symbolise alors l’abandon et la discrimination de toute la communauté séfarade d’Israël par l’establishment ashkénaze.

Ainsi, au début des années 70, Hatikva se trouve au cœur d’une révolte sociale initiée par le mouvement des «Panthères Noires Israéliennes», inspiré par le soulèvement des noirs américains. Cette révolte occupe le débat public en Israël tout au long de la décennie et constitue sûrement l’une des raisons de la chute du gouvernement travailliste en 1977, au profit du Likoud, un parti très identifié avec la communauté séfarade en Israël.

Curieusement, le cinéma israélien des années 70 préfère ignorer la dimension politique rattachée à Hatikva. Le genre phare de l’époque, le Bourekas (du nom d’une patisserie orientale), se consacre à une description caricaturale du folklore séfarade, ou à ce qui constitue la fierté du quartier, son équipe de football, Bneï Yehouda.Tournés la plupart du temps par des cinéastes ashkénazes, les films Bourekas symbolisent le regard hautain de l’establishment ashkénaze sur la communauté séfarade, et servent comme «opium du peuple» destiné à divertir le public oriental tout en le faisant oublier ses frustrations sociales.

Dans les années 80-90, le cinéma israélien se politise. Les documentaristes sont les premiers à s’intéresser au quartier Hatikva dans une perspective politique. Plusieurs films sont réalisés sur le mouvement des «Panthères Noires Israéliennes», ainsi que sur l’équipe du foot, Bneï Yehouda, comme symbole des rapports sociaux au sien de la société israélienne. A cette époque, la démographie du quartier commence à changer: un grand nombre de ses anciens habitants le quitte et Hatikva accueille une nouvelle population immigrée, celle des travailleurs étrangers en provenance de pays de l’Est, d’Afrique noire et d’Asie. Ainsi, Hatikva devient l’un des quartiers les plus divers d’Israël, une mosaïque de cultures et de
traditions venues de tous horizons, un lieu d’une variété langagière exceptionnelle où l’on peut entendre à chaque coin de rue l’hébreu, l’arabe, le russe, le chinois...

« Avanim » est l’une des premières fictions israéliennes
à porter un regard à la fois critique et humain sur ce quartier et qui aborde l’univers séfarade dignement.
Le film arrive à capter la physionomie «brute» de Hatikva, le bric à brac architectural d’un quartier dont la beauté
est liée à la variété, à la richesse et à la générosité de
sa population. La trajectoire de l’héroïne dans la ville,
son déplacement du quartier Hatikva vers le nord «bourgeois» de Tel-Aviv (l’hôtel où elle rencontre son amant, le bord de mer, le lieu de l’attentat) reflète son désir de libération, à l’image de tout un pays coupé entre orient et occident, entre tradition et modernité.

ENTRETIEN AVEC LE RÉALISATEUR
Le Figaroscope
Le portrait de cette femme de la classe moyenne israélienne, qui décide de s'évader du piège familial, confortable mais mortel, est magnifique. Un film toujours surprenant et bouleversant avec une actrice à la hauteur, Asi Levi.

Télérama
Nadjari excelle dans la description quasi entomologique de ce vécu en suspension (...) Au fil d'une fiction aménagée pour que la vie, captée avec une sensibilité aiguë et restituée à vif, s'y engouffre sans cesse.

Le Monde
Un portrait au couteau de la femme et de la société israéliennes.[...] ce film se révèle, à mille lieues du manichéisme qui caractérise trop souvent les oeuvres engagées, un film complexe, ambigu, passionnant. [...] il est signé d'un jeune cinéaste français au talent puissamment original...

Les Inrockuptibles
Raphaël Nadjari, en déménageant son cinéma de New York à Tel-Aviv, nous livre un magnifique portrait de femme. [...] A la fois film et voyage, Avanim conte en creux une traversée du conflit israélo-palestinien.

Première
Avec ses acteurs, Raphaël Nadjari privilégie l'improvisation et le happening scénique. [...] Précise et sensuelle, sa mise en scène excelle à enregistrer le mouvement, la circulation, la vie qui dérape. L'essentiel d'Avanim cerne le piège qui peu à peu se referme sur l'héroïne [...] Son énergie vitale est celle de ce film intense et bouleversant.

Le Figaro
Un film palpitant fondé sur l'improvisation, mais qui ne se perd jamais en route.
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