SECRET SUNSHINE

Titre original : Milyang
Réalisateur : Lee Chang-Dong
Casting :
Divers : Corée du Sud - 2006 - 2h 30min - VOSTF
Prix : Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2007 - Prix d'interprétation féminine
A la suite du décès de son mari, Shin-ae vient s'installer à Miryang, la ville natale de celui-ci avec son petit garçon.
Entre ses cours de piano, ses nouvelles relations et Jong-Chan, le patron d'un garage qui tente de se rapprocher d'elle, cette jeune femme douce et discrète débute une nouvelle existence. Jusqu'au jour où la tragédie frappe à nouveau.
Face à ce nouveau drame, Shin-ae va tenter de redonner un sens à sa vie.
Prix d'interprétation, Cannes 2007
Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2007, Secret Sunshine a valu à l'actrice Jeon Do-Yeon le Prix d'interprétation féminine. Le jury était présidé par Stephen Frears et c'est Alain Delon qui a remis son prix à la comédienne.

D'où viens-tu, Jeon ?
Jeon Do-Yeon, consacrée Meilleure actrice au dernier Festival de Cannes, est une comédienne très célèbre en Corée du sud, où elle a déjà été primée plusieurs fois. Née en 1973, elle participe dès l'âge de 17 ans à des séries télévisées grâce auxquelles elle devient très populaire. Mais c'est grâce au cinéma, et à des rôles très différents, qu'elle montre l'étendue de son répertoire. Lors de la conférence de presse cannoise, elle déclarait : "Secret sunshine est mon dixième film, mais j'ai l'impression d'être redevenue une débutante car il m'a donné beaucoup d'énergie."

De l'actrice au rôle
L'actrice Jeon Do-Yeon parle de la manière dont elle a abordé ce personnage très complexe : "Ce n'est quand j'eus fini de lire le scénario que je me suis rendu compte de la difficulté. J'ai commencé par être vraiment intimidée. Lee Chang-dong m'a dit de me surpasser, d'aller encore plus loin. Je ne savais pas ce que ça voulait dire, je ne le sais toujours pas. Ce film était épuisant, émotionnellement et physiquement, mais il m'a effectivement donné la chance de me surpasser. Je n'ai jamais laissé tomber une scène parce que je n'arrivais pas à entrer dans le personnage. Je savais que ça ne marchait pas, il fallait que je le dise au metteur en scène. Ça me déchirait de le lui avouer. Je me disais que je ne pouvais pas me faire aux émotions de Shin-ae. Mais je crois que j'ai eu raison. J'ai délibérément renoncé à tout maquillage durant le tournage car je voulais que Shin-ae apparaisse comme une femme simple, semblable à beaucoup d'autres."

Secrète Shin-ae
Le cinéaste revient sur la personnalité de son héroïne, dont l'attitude peut parfois déconcerter le spectateur : "Shin-ae n'est pas une femme blessée et meurtrie comme elle apparaît à première vue, mais une femme qui simplement réagit de manière étrange et décalée aux événements qu'elle subit. D'une certaine manière, je la considère comme quelqu'un d'actif et même d'une certaine manière d'agressif. Sa maîtrise de soi est puissante, mais, paradoxalement, ne la protège pas si bien que cela. Lorsque Shin-ae croit à quelque chose ? que ce soit en Dieu ou les hommes, elle y croit de manière absolue. Et en revanche plus du tout lorsqu'elle n'y croit plus. Elle n'accepte aucune variation, aucune émotion intermédiaire. Il est vrai que Shin-ae n'avait aucun caractère véritable avant que Jeon Do-Yeon ne s'en empare. Écrire un personnage n'a rien à voir avec la création d'un meuble. Ils ne jaillissent pas de mon esprit. Quelqu'un vient vers moi et c'est alors que le personnage se met à exister."

Politique des auteurs...
Lee Chang-Dong a commencé à s'atteler à l'écriture du scénario de Secret sunshine dès la fin du tournage de son précédent film, Oasis. Mais il a dû interrompre cette activité pour une raison peu banale : sa nomination, en février 2003, au poste de Ministre de la Culture et du Tourisme de Corée du Sud. Il y a défendu notamment une politique des quotas visant à favoriser la diffusion dans les salles des films coréens plutôt que des films made in Hollywood. Le cinéaste s'est remis à travailler sur son scénario un an plus tard, après avoir quitté son poste, épuisé...

Petit poisson deviendra grand...
Song Kang-Ho, qui interprète le personnage masculin principal, est sans doute l'acteur coréen le plus connu des Occidentaux grâce à ses prestations dans Memories of Murder et The Host de Joon-ho Bong ou Sympathy for Mr. Vengeance de Park Chan-wook. Mais c'est dans un film de Lee Chang-Dong qu'il a débuté en 1997 : Green Fish, qui est aussi le premier long métrage du cinéaste. L'acteur se souvient avec gratitude : "Lee Chang-Dong est mon mentor. Je lui dois tout. Je me souviens de mon arrivée sur le plateau de Green Fish. Ce film avait comme vedettes les plus grands acteurs coréens de l'époque. C'était mon premier tournage et Chang-dong m'a présenté à eux. Il n'arrêtait pas de me couvrir de compliments. Tout le monde l'entendait dire des choses formidables à mon sujet. Cela m'a donné une sorte de confiance, qui a duré jusqu'à la fin de ma scène. Il a instillé cette confiance en moi, et je lui dois ma carrière. C'était un moment unique. C'est un homme unique."

Soleil trompeur
Le titre Secret sunshine fait référence à la ville de Corée dans laquelle se situe l'action du film, c'est-à-dire Miryang (ou Milyang) : Mir signifie aussi bien secret que dense. Et le nom entier veut dire "un lieu ensoleillé". Mais nous lui avons préféré notre propre signification : "secret sunshine" soit l'alliance du secret et du soleil. Miryang est typique de ces petites et moyennes cités coréennes. Construites selon le modèle des grandes métropoles, elles se sont suffisamment développées pour avoir perdu au fil du temps cette tranquillité, ce charme ou cette grâce qui les caractérisaient et qui ont disparu."

Y croire ou pas
L'un des thèmes évoqués dans le film est celui de la religion comme soutien possible à un individu en plein désarroi. C'est la religion protestante qui est représentée dans Secret sunshine, la deuxième du pays après le bouddhisme (18,5 % de la population coréenne se déclarait protestante en 2005). Pour la scène du rassemblement de fidèles, le cinéaste a fait appel à un véritable pasteur, qui a lui-même rédigé le sermon qu'il prononce dans le film. L'Eglise protestante a diversement réagi lors de la sortie du film en Corée, un colloque a été organisé spécialement pour en débattre. Un pasteur a déclaré (Yonhap news) : "Les scènes "religieuses" du film sont d'un tel réalisme qu'elles créent un malaise chez l'ensemble des spectateurs : les non-chrétiens découvrent un monde qui leur est étranger et les chrétiens ont l'impression d'avoir été caricaturés", mais d'autres religieux sont beaucoup plus bienveillants à l'égard du film.

Entre ciel et Terre
Interrogé à ce sujet pendant la conférence de presse cannoise, Lee Chang-Dong expliquait le sens du plan d'ouverture et du plan final du film : "J'ai choisi de commencer le film par un plan sur le ciel et de le terminer par un plan sur une parcelle de terre quelconque, et même assez sale. Ce que j'ai simplement voulu dire par là, c'est que le sens de la vie ne se trouvait pas dans le ciel mais sur la Terre. "
Le Nouvel Observateur
"Permettre la connaissance des êtres et du monde, les révéler dans le regard porté sur eux, voilà sans doute la plus noble ambition du cinéma, en même temps qu'une de ses définitions possibles. C'est précisément cela, Secret Sunshine."

TéléCinéObs
"Dans ce récit constamment tendu par l'humanisme, le plan d'un ciel (qui ouvre le film) comme celui d'une flaque boueuse (qui le clôt) vous transpercent."

Les Inrockuptibles
"L'inédite et discrète fringance de Secret Sunshine réside là ; dans cette plasticité de l'écriture, cette force à réinventer sans cesse les puissances romanesques d'un récit qui, sans en donner l'air, file à grande allure."

Positif
"Secret Sunshine est bien un mélo coréen typique. Lee Chang-dong investit le genre national pour mieux l'empoisonner, le détruire de l'intérieur, jusqu'à livrer un film magistral, d'une nature proprement inédite."
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