CONTROL

Réalisateur : Anton Corbijn
Casting :
Divers : Angleterre - 2007 - 1h59 - VOSTF
Prix : Quinzaine des réalisateurs Cannes 2007
La vie et la mort de Ian Curtis, chanteur du groupe mythique de rock anglais des années 1970, Joy Division.
Tiraillé entre sa vie de famille, sa gloire naissante et son amour pour une autre femme, Ian Curtis s'est suicidé le 18 mai 1980 à l'âge de 23 ans, à la veille de la tournée américaine du groupe qui s'annonçait triomphale.
Ian Curtis a changé le rock sans le vouloir, sans le savoir.
Interview du réalisateur Anton Corbijn

On vous connaissait photographe, vous êtes désormais aussi cinéaste. Vous aviez besoin de Ian Curtis pour passer à la réalisation ?

En fait, je voulais faire un film depuis un bout de temps. Je me demandais pour quel genre de scénario je pourrais le faire. J’ai choisi celui-ci, même si au début je ne le souhaitais pas parce que c’était lié à la musique. Je me suis dit que si je voulais être pris au sérieux en tant que réalisateur il ne fallait pas que je fasse de la musique. Mais Joy Division et Ian Curtis ont été tellement importants dans ma vie que je me suis senti obligé de faire ce film-là, pour tourner la page d’une période de ma vie. A l’époque, j’ai déménagé en Angleterre pour me rapprocher de Joy Division. Maintenant, je peux tourner la page. Maintenant, je peux travailler sur des choses plus récentes qui me plaisent.

Vous pensez que le cinéma avait besoin d’un tel film ? ’24 Hour Party People’ parlait déjà du groupe…

Oui. Effectivement, on avait encore plus besoin d’un film comme ça à cause de ’24 Hour Party People’. C’est un très bon film, mais pour moi ce n’est pas Joy Division. ‘Control’ est un film personnel, plus orienté sur Ian Curtis que sur ses influences, à l’inverse de ’24 Hour Party People’. Je fais un film pour des raisons personnelles, pas parce que je crois qu’il va avoir un public - même si j’espère qu’il en aura un. Tout ce que je fais, je le fais parce que ça vient de moi. Certains le font parce que c’est leur travail, moi je ne vois pas ça comme ça. Après, c’est difficile de savoir si le film était vraiment nécessaire.

Alexandra Maria Lara nous a déclaré que beaucoup de fans se trouvaient sur le plateau…

Oui, cette période intéresse les gens. Ce qui est particulier avec Joy Division c’est que leur musique est intemporelle. C’est une musique assez simple avec de belles paroles et une belle voix. La basse, c’est un instrument très important dans leur musique. Ca donne une autre vue, ce qui est assez inhabituel. Beaucoup de jeunes portent des t-shirts Joy Division, beaucoup de groupes actuels revendiquent Joy Division comme influence : Interpol, The Killers, Arcade Fire…


Pensez-vous que des groupes actuels ont le charisme qu’avait Joy Division ?

C’est difficile de comparer parce que c’était il y a longtemps. C’est un mythe, les groupes actuels ne peuvent pas encore être des mythes… Je pense que Joy Division est un groupe assez rare. Ils n’ont fait que deux albums mais tellement de grandes chansons, avec des paroles très profondes… Il n’y a personne comme Ian Curtis en ce moment.


Quelle est votre chanson préférée de Joy Division ?

C’est une question populaire aujourd’hui (il fait référence à l’avalanche de journalistes qui gravitent autour de lui en cette matinée de Festival, ndlr), je n’y avais jamais pensé ! J’ai fait une vidéo pour Joy Division qui s’appelait ‘Atmosphere’ en 1988. Donc j’ai des bons souvenirs sur cette chanson, et je dirais que c’est ma préférée.


Quelles recherches avez-vous entreprises pour réaliser ‘Control’ ? Vous avez rencontré Deborah Curtis ?

Bien sûr, Deborah Curtis a écrit le livre qui est à la base de ce film, mais le film que je voulais faire n’était pas à propos de Deborah Curtis. Par conséquent, je suis aussi allé voir Annick, sa mère et sa soeur. Ils étaient tous encore vivants.


Qu’ont-ils pensé de ce projet ?

C’est différent pour chacun. Certains pensent que c’est génial que quelque chose de sérieux soit fait sur lui, et certains pensent que c’est une partie de leur vie sur laquelle ils ne veulent pas revenir. Je comprends ça. En tout cas, la plupart pensaient que si quelqu’un devait faire ce film, ce devait être moi. Ils m’ont fait confiance.


Comment avez-vous choisi les acteurs ?

J’avais déjà travaillé avec Samantha sur une vidéo, et elle m’avait dit être intéressée pour collaborer de nouveau avec moi. C’est une actrice incroyable, parmi les meilleures de sa génération. Alexandra, je savais qu’elle avait grandi à Berlin et qu’elle avait fait ses études au lycée français, donc elle le parlait couramment. C’était bien pour jouer Annick, qui était Française. Je les connaissais toutes les deux, et je savais qu’elles étaient très différentes. La combinaison me paraissait bonne. Quant à Sam, j’ai eu vraiment beaucoup de chance, j’ai parlé à beaucoup d’acteurs, c’était difficile pour la plupart de prendre ce rôle parce qu’il était anachronique. Ils ont peur de prendre ce genre de rôle, parce que c’est dur de ne pas décevoir. Donc on a fait des castings, j’ai vu Sam sur une cassette et j’ai voulu le rencontrer. Nous voulions quelqu’un qui soit très crédible, et Sam ressemble à l’image que j’ai d’une star des années 1970 : il est maigre, nerveux, il fume… Je me souviens, quand je suis arrivé en Angleterre en 1979, c’était différent de la Hollande, les gens étaient plus pauvres, c’était l’hiver et ils avaient une fine chemise sur le dos, ils fumaient nerveusement, ils ne mangeaient pas bien. Sam est exactement comme ça. Et en plus il ressemble à Ian physiquement. Quand il lisait le texte, il était tellement juste, tellement vrai, très frais et pas étudié. Ca m’a plu d’avoir quelqu’un de vrai en face de moi et pas quelqu’un qui joue. Même si je pense qu’il ressemble à une star de cinéma ! J’ai vu ‘Kes’ de Ken Loach il y a longtemps, et dans ce film-là, il y a un petit garçon tellement juste, tellement ouvert... Je voulais cette innocence pour mon film. Sam l’a. J’ai du mal à imaginer ce qu’aurait été le film sans Sam. Je ne peux pas imaginer quelqu’un d’autre le jouer, il est parfait. Si je refais un film, je voudrais le faire avec lui parce que je pense qu’il peut faire des choses très intéressantes. Je suis très content.


‘Control’ ouvre la Quinzaine des réalisateurs. Qu’est-ce que vous en pensez et que pensez-vous de Cannes ?

J’y étais déjà venu en tant que photographe il y a treize ans. C’est une grande industrie, c’est génial de voir autant de gens rien que pour les films. Ca fait aussi réaliser que les films font vendre, ce qui est différent de la photographie. Et ouvrir la Quinzaine est incroyable pour moi. Déjà, terminer un film est génial, mais alors qu’autant de gens aient envie de le voir, c’est une bénédiction.


Les critiques sont très durs avec les films à Cannes, vous en aviez peur ?

Non, je pense que c’est un film simple, un film beau, et un film très bien joué. Je n’apporte pas de nouvelles techniques au film. Je pense que c’est un film fort sur le plan émotionnel. Si les gens ne l’aiment pas, tant pis, je fais également des photos que les gens n’aiment pas… Ce n’est pas grave. C’est un bon baptême, je n’ai pas souhaité que ce soit un film consensuel mais personnel.

Propos recueillis par Mélanie Carpentier et Jean-Nicolas Berniche pour Evene.fr - Mai 2007
Le Nouvel Observateur
"Noir et blanc aride, scènes de la vie conjugale banale à laquelle aspirait un Curtis dépassé par sa propre célébrité, le film est à l'opposé des biopics rock à sensation."

Les Inrockuptibles
"Belle idée que de troubler une trajectoire suicidaire par une rencontre facétieuse et d'en renforcer ainsi, par cette indifférence consentie de part et d'autre, l'inexorabilité."

Télérama
"Control est un modèle de biographie musicale. Pas d'effets superflus, mais un subtil sens du cadre et du décadrage, qui peint l'intimité du chanteur en l'éloignant progressivement des autres, le suit, rêveur tourmenté, habité par un torrent de verbe, dans le décor étouffant des paysages du nord industriel."

Libération
"Cette musique-là, cold wave, atterrissant in fine à Cannes, en ouverture de l'autre festival (la Quinzaine qui, ce faisant, s'offre un beau coup) fait de l'inimaginable une réalité : hé, ils viennent de faire un film sur Ian Curtis et le pire, c'est que ce film est bien."

Le Monde
"Star de la photographie pour ses portraits d'idoles du rock, Anton Corbijn signe la très belle représentation d'un homme épuisé d'être déchiré entre raison et euphories."
  • Inscrivez-vous à la newsletter
  • Contact : 0692 68 77 09
  • 233 481 visiteurs