LADY CHATTERLEY

Réalisateur : Pascale Ferran
Casting :
Divers : France - 2005 - 2h 38min -
Prix : Prix Louis Delluc et Césars du meilleur film, de la meilleure adaptation, des meilleurs costumes, de la meilleure actrice et de la meilleure photographie.
Dans le château des Chatterley, Constance coule des jours monotones, enfermée dans son mariage et son sens du devoir.
Au printemps, au coeur de la forêt de Wragby, elle fait la connaissance de Parkin, le garde-chasse du domaine. Le film est leur histoire.
Le récit d'une rencontre, d'un difficile apprivoisement, d'un lent éveil à la sensualité pour elle, d'un long retour à la vie pour lui. Ou comment l'amour ne fait qu'un avec l'expérience de la transformation.
Petits arrangements avec l'amour
Pascale Ferran livre son point de vue sur l'ouvrage de D.H. Lawrence et précise ses intentions : "C'est clairement une domination croisée. Une domination sociale et une domination homme/femme ; chacun des deux protagonistes étant à la fois dominant sur un terrain et dominé sur l'autre il y a spontanément deux grands axes de travail assez distincts. Le premier est de considérer que ce thème-là : l'amour plus fort que toutes les barrières sociales, reste le centre du livre. Et, dans ce cas, pour restituer quelque chose du scandale de l'époque, il faut effectuer une transposition. Ça peut donner Loin du paradis de Todd Haynes , par exemple. L'autre, qui est mon hypothèse de départ, est de penser que le centre est plutôt à chercher du côté de la naissance d'un couple. De l'amour comme possibilité d'accès à une vérité intime. Comment, à partir de l'attraction de deux corps que tout oppose, un processus peut se mettre en place. Et comment ce processus d'amour ne fait qu'un avec l'apprentissage des différences de pensées - quelles que soient celles-ci -, l'apprentissage d'une langue commune, l'invention d'une forme de confiance, l'acceptation d'un abandon à l'autre, etc."

Une aussi longue absence
Cela faisait plus de dix ans que Pascale Ferran, auteur des très remarqués Petits Arrangements avec les morts (1993) et L'Age des possibles (1995) n'avait pas tourné. Avant de se lancer dans Lady Chatterley, la réalisatrice avait travaillé sur deux autres projets qui n'ont pas abouti. Le premier s'intitulait Paratonnerre : "C'était un film fantastique, une histoire d'amour, avec beaucoup de décors, pas mal de figuration, des effets spéciaux. Ce projet était lourd. Trop même, en tout cas trop cher dans les conditions de financement actuelles, puisque après plusieurs mois de préparation, on a dû tout arrêter. Ce qui est toujours très pénible", confie-t-elle. L'autre projet était un huis clos amoureux entre un homme et une femme, mais Ferran et Pierre Trividic ne sont pas parvenus à écrire un scénario satisfaisant. "Quand j'ai découvert Lady Chatterley et l'homme des bois, cela a été une forme de retrouvailles avec ce projet ancien. Des retrouvailles très joyeuses, puisque là où nous avions échoué, la réussite de Lawrence était éclatante."

Lady Chatterley au cinéma
Le récit de D.H. Lawrence a déà été porté à l'écran à plusieurs reprises. Les deux plus célèbres versions sont L'Amant de Lady Chatterley de Marc Allégret avec Danielle Darrieux et le film érotique réalisé par Just Jaeckin avec Sylvia Kristel en 1981 -soit sept ans après le succès d' Emmanuelle.

Une Lady peut en cacher une autre
D.H. Lawrence a en réalité écrit trois versions de L'Amant de Lady Chatterley. La plus connue est la troisième, que l'écrivain anglais a publiée à compte d'auteur en mars 1928, peu avant sa mort, mais ce livre est, selon Pascale Ferran, "inadaptable. Ou alors dans une adaptation si libre que je n'aurais pas eu l'audace d'y penser". La cinéaste juge que cette version, "assez verbeuse", a "mal vieilli". Puis elle a pris connaissance de la deuxième version de ce texte, éditée chez Gallimard sous le titre Lady Chatterley et l'homme des bois. "Cette version-ci est moins simple, plus frontale vis-à-vis de son sujet, moins tourmenté. Le livre est davantage centré sur la relation entre Constance et Parkin, le garde-chasse et les deux personnages eux-mêmes sont assez différents. Ils ne commentent pas, ils expérimentent. Enfin, le récit, davantage encore que dans la dernière version, est littéralement envahi par la végétation. Et le règne végétal n'intervient pas seulement ici comme métaphore de l'élan vital qui fait se rejoindre les deux protagonistes, mais il les accompagne sans cesse dans leur transformation. C'est cela pour moi la plus grande beauté de Lady Chatterley et l'homme des bois : le récit d'un amour qui ne fait qu'un avec l'expérience concrète de la transformation."

Les comédiens
Pascale Ferran parle du choix des deux acteurs principaux : "J'avais remarqué Marina Hands depuis longtemps, comme une jeune comédienne très singulière. Elle faisait partie des quelques comédiennes auxquelles je pensais parfois, pendant que j'écrivais. Et puis, je l'ai rencontré et il s'est passé une chose assez rare, qu'on pourrait appeler un coup de foudre. Entre moi et elle et entre elle et le projet. Elle a quelque chose de profondément romanesque et, en même temps, une audace, une bravoure, un appétit pour le travail incroyable. Pour Parkin, je cherchais un comédien inconnu, parce que je voulais qu'il fasse irruption à l'écran comme dans la vie de Constance. Il fallait un corps archaïque, terrien ; que son corps raconte un rapport premier à la matière. Avec Jean-Louis Coulloc'h, l'apprivoisement a été plus long. Il est devenu comédien très tard, il n'avait presque jamais tourné, et le rôle est très difficile quand on a aussi peu d'expériences. Mais l'on a préparé très soigneusement, et comme, par ailleurs, nous tournions dans la chronologie, il s'ouvrait de plus en plus au fur et à mesure du tournage, comme Parkin lui-même, et c'était très beau."

A la rencontre du garde-chasse
Pour incarner le garde-chasse, un des rôles principaux de Lady Chatterley, la réalisateur a choisi un comédien inconnu du grand public et au parcours atypique, Jean-Louis Coulloc'h. Elève en apprentissage de cuisine à 15 ans, il a travaillé dans la restauration puis exercé différents métiers (brancardier, coursier, technicien de théâtre...) avant de se lancer, sur le tard, dans la comédie. On a pu le voir au théâtre dans Platonov de Tchekhov (mise en scène de Jean-Claude Fall, 1988), Melancolia de Jon Fosse (mise en scène de Claude Régy, 1999) ou plus récemment Le Tas, une pièce écrite et mise en scène par Pierre Meunier. Au cinéma, il n'avait jusqu'alors fait que quelques fugaces apparitions (Circuit Carole).

Un propos subversif ?
Pascale Ferran parle de l'evolution de la dimension transgressive de l'oeuvre : "Lawrence a écrit le livre, il y a 80 ans, contre son époque : l'Angleterre puritaine des années 20, pour tenter de remettre la sexualité à la place où il considère qu'elle devrait être : c'est-à-dire faisant partie intégrante des rapports amoureux et non pas comme une chose honteuse. Il fait une description minutieuse des scènes d'amour physique entre les deux amants et, à cause de ces scènes, le livre est frappé d'obscénité. Et l'époque d'aujourd'hui n'en retient que cela, la transgression, le scandale. Bon, 80 ans plus tard, on n'en est plus là du tout. Mais ce qui est amusant, c'est que moi, au moment où j'ai envie d'adapter le livre, j'ai aussi l'impression de faire un film contre mon époque. Contre les deux représentations actuellement "autorisées" du désir au cinéma. Soit, pour aller vite : d'un côté, une représentation déjà ancienne, et presque obsolète, où dès que les deux amants sont au lit, le film change brutalement de nature - musique, fondus enchaînés, ellipse. Soit, de l'autre, une représentation " moderne " du désir et des pratiques sexuelles, détachés de tous affects, de toutes pensées des personnages, bref la grande vie des pulsions animales. Dans cette représentation-là, le plus souvent, il n'y a plus que le corps qui parle. Le corps contre la parole. Et le désir devient un champ d'expression humaine qui n'est plus relié aux autres champs."

Les scénaristes
Pour l'écriture du scénario, Pascale Ferran a fait appel à son vieux complice Pierre Trividic, ancien camarade de l'IDHEC, qui avait déjà co-écrit Petits Arrangements avec les morts, son premier long métrage en 1993, et qui, depuis, est lui-même devenu cinéaste (Dancing, cosigné par Patrick Mario Bernard et Xavier Brillat). La cinéaste a également travaillé en compagnie de Roger Bohbot, un nom qu'on a déjà pu lire au générique de La Vie rêvée des anges, Depuis qu'Otar est parti ou Rois et reine.

La musique
La partition de Lady Chatterley est signée Béatrice Thiriet, musicienne qui, après avoir fait ses débuts dans le monde du cinéma avec Petits Arrangements avec les morts, le premier opus de Pascale Ferran, a travaillé avec Dominique Cabrera (L'Autre côté de la mer) et Marc Esposito (Le Coeur des hommes). On lui doit également la musique du deuxième film de Ferran, L'Age des possibles.

Les lieux du film
Lady Chatterley a été tourné dans le Limousin, dans le Château de Montlhéry, là où, trente ans plus tôt, Alain Resnais, un des maîtres de Pascale Ferran avait réalisé Providence. Pour représenter le domaine des Chatterley, la cinéaste a filmé une dizaine de lieux différents en Corrèze.
Elle
"Une finesse et un charme rares. La caméra de Ferran est toujours à l'endroit qui nous émeut."

Le Nouvel Observateur
"Le film de Pascale Ferran est une histoire d'amour. Une vraie, de celles que le cinéma n'ose plus même essayer de raconter. "

Libération
"Un film où chair et sentiments vont au-delà de la seule lecture érotique du roman de D.H. Lawrence. Une oeuvre plus étoffée, plus mûre et ambitieuse, plus taraudante aussi que l'ordinaire de la production hexagonale."

Le Monde
"Splendide adaptation du roman de D.H. Lawrence. Tout simplement éblouissant."

Les Inrockuptibles
"Orfèvrerie du découpage, majesté des durées, incandescence des émotions: un film magnifique et fiévreux."
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