SARAJEVO MON AMOUR

Titre original : Grbavica
Réalisateur : Jasmila Zbanic
Casting :
Divers : allemand, croate, bosniaque, autrichien - 2005 - 1h 30min -
Prix : Ours d'Or, Festival de Berlin 2006
Esma, mère célibataire, vit avec sa fille de douze ans, Sara, dans le Sarajevo de l'après-guerre. Sara doit participer à une excursion scolaire. Esma accepte un job de serveuse dans une boîte de nuit pour réunir l'argent nécessaire. Sara se lie d'amitié avec Samir qui, comme elle, n'a pas de père. Leurs pères sont des héros de guerre, morts au combat. Cependant, lorsque la fille aborde ce sujet avec sa mère, Esma répond toujours de manière évasive. Sara a le sentiment qu'elle lui cache quelque chose...
Ours d'or à Berlin
Sarajevo, mon amour a remporté l'Ours d'Or, la récompense suprême du Festival de Berlin lors de l'édition 2006. Le jury était présidé par la comédienne Charlotte Rampling. C'est d'ailleurs dans la capitale allemande que l'aventure a commencé : Jasmila Zbanic a en effet présenté son projet dans le cadre du Talent Campus, une structure visant à aider les jeunes talents, lors de l'édition 2003 de la Berlinale. C'est là qu'elle a également rencontré ses producteurs.

Les intentions de la cinéaste
"Je suis fascinée par la vie quotidienne, mais, comparée à la guerre, elle peut paraître ordinaire, sans dramaturgie, voire banale. Cependant, dès que la surface de ce quotidien se fissure, tout le pouvoir des émotions humaines ? passées, présentes et futures ? commence à se manifester. Sarajevo, mon amour est avant tout une histoire d'AMOUR. Un amour qui n'est pas pur, parce qu'il a été mélangé de haine, de dégoût, de peur, de désespoir. Il s'agit aussi de l'histoire de VICTIMES qui, bien qu'elles n'aient commis aucun crime, ne sont pas entièrement innocentes devant les générations futures. Enfin, Sarajevo, mon amour est un film sur la VERITE, ce pouvoir absolument nécessaire pour progresser, une vérité dont la société de Bosnie Herzegovine a besoin pour essayer d'atteindre sa maturité."

La réalisatrice
Sarajevo, mon amour est le premier long métrage de Jasmila Zbanic, jeune femme née en 1974 à Sarajevo. Diplômée de l'Académie d'Arts dramatiques de Sarajevo, elle fut Marionnettiste et clown avant d'être réalisatrice. A partir de 1997, elle a signé plusieurs courts métrages, dans lesquels elle évoquait déjà l'après-guerre en Bosnie.

Le lieu des crimes
Le titre original du film est Grbavica. La cinéaste en donne la signification : "Grbavica est un quartier tout près de l'immeuble dans lequel je vis. Pendant la guerre, cette zone était assiégée par l'Armée serbo-Monténégrine, et transformée en camp de guerre spécial, où la population était torturée. Lorsque vous marchez dans Grbavica, aujourd'hui, vous pouvez voir des immeubles typiques du régime socialiste, des résidents locaux, des magasins, des enfants, des chiens ... Mais en même temps, vous pouvez sentir la présence de quelque chose d'indicible et d'invisible, cet étrange sensation d'être dans un endroit marqué par la souffrance humaine. Grbavica est un microcosme auquel appartiennent Esma et les autres protagonistes. Etymologiquement, le mot Grbavica veut dire " la femme bossue ". Même si c'est un peu difficile à prononcer, ce mot ingrat donne une bonne idée du monde d'Esma."

Le casting
Les cinéphiles connaissent déjà le visage de Mirjana Karanovic (Esma, la mère). Cette comédienne originaire de Belgrade a tourné à plusieurs reprises avec le plus illustre cinéaste des Balkans : Emir Kusturica. Dans Papa est en voyage d'affaires (un des films préférés de la réalisatrice), elle jouait (déjà...) le rôle de la mère, mais on l'a également vue dans Underground et La Vie est un miracle. Sarajevo, mon amour marque en revanche la première apparition à l'écran de la jeune Luna Mijovic (Sara). L'adolescente a été choisie au terme d'un long processus : l'audition de 2000 enfants dans des dizaines d'écoles, puis des entretiens avec 200 d'entre eux, et enfin un travail avec les 20 les plus convaincants.

Rock around the Balkans
En dehors de la présence de Mirjana Karanovic, le film présente un autre point commun avec le cinéma d'Emir Kusturica : le rôle important que joue la musique. La cinéaste précise : "La vie intime de Esma n'est pas dialoguée et peut être exprimée avec plus de profondeur par la musique qui trouve là une fonction dramatique. Les Ilahijas, qui sont des chansons dédiées à Dieu, expriment ses sentiments et poussent Esma à parler. En contraste avec la sensibilité des Ilahijas, nous avons l'agressivité et le rythme de la musique turbo folk, très spécifique des Balkans modernes [genre musical, entre folklore et sonorités très contemporaines, qui a connu un grand succès sous l'ère musical, et reste très populaire]. Dans d'autres scènes, la musique pour mettre en opposition les émotions de Esma et de Sara ou bien comme élément intégrant de leur environnement. Le film s'achève sur une chanson populaire Sarajevo, mon amour, souvent chantée lors des voyages scolaires. C'est un morceau enlevé qui met en valeur les sentiments de Sara."

Sous les décombres, le cinéma ?
La cinéaste revient sur la situation de l'industrie cinématographique de son pays : "La Bosnie-Herzégovine est le seul pays d'Europe qui ne dispose ni de caméra 35mm, ni de labo de cinéma. Cette absurdité date de la création du cinéma en Bosnie. Nous manquons de professionnels, et nous essayons de pallier ce manque en faisant appel à du personnel d'autres pays de l'ex-Yougoslavie, ou comme ici des pays co-producteurs. Mais je crois que nous avons un besoin urgent de raconter notre histoire, ce qui fait passer au second plan toutes nos autres insuffisances."
Télérama
"Un film vibrant et maîtrisé, un Ours d'or bien mérité."

Le Journal du Dimanche
"Un récit poignant. En finesse, le film évite le mélo et met en relief, sans angélisme, l'indispensable devoir de vérité."


Studio Magazine
"Un film indispensable, d'une grande sobriété, bouleversant."


Elle
"Magnifique premier film de Jasmila Zbanic, justement récompensé par un ours d'or au dernier festival de Berlin."

L'Humanité
"L'amour, la cocasserie, une drôlerie sans cynisme que Jasmila Zbanic manie en artiste, usant des ressources propres au cinéma pour que jaillisse la vérité de l'histoire."
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