DANS PARIS

Réalisateur : Christophe Honoré
Casting :
Divers : France - 2006 - 1h 32min -
Prix : Festival de Cannes 2006, Quinzaine des Réalisateurs
Dans Paris suit les aventures sentimentales de deux frères et dessine ainsi le portrait d'une famille dont la devise serait "Prends la peine d'ignorer la tristesse des tiens".
Remarqué à la Quinzaine
Dans Paris a été présenté en 2006 au Festival de Cannes, dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs. Le film a fait sensation sur la Croisette, à tel point que le jour de la présentation, une séance a été ajoutée in extremis à minuit pour accueillir les spectateurs qui n'avaient pu entrer à la projection de 22 heures...

Les intentions du cinéaste
"Je pourrais affirmer que ce film-ci est né en 2001, au moment où Romain Duris s'est mis à chanter pour moi la chanson de Lola au bord de la Garonne. Je ne mentirais pas non plus en déclarant que j'ai eu l'idée de Dans Paris tandis qu'aux îles Canaries, je filmais Louis Garrel tout nu sifflotant avec une serviette verte sur l'épaule. Et pourtant... Avant, il y avait eu la lecture de Salinger et celle de Mon mal vient de plus loin de Flannery O'Connor. Il y avait aussi eu les projections de Céline et Julie vont en bateau, , Mes petites amoureuses... Mais à la vérité, n'était-ce pas pour plaire à mes frères que je m'étais lancé dans cette aventure ? Aux raisons profondes, préférons toujours les causes immédiates. J'ai tourné Dans Paris, parce que Paulo Branco m'a donné la possibilité d'écrire et de fabriquer un film en moins de six mois. La vitesse et le désir font un bon mariage de cinéma à mes yeux, un mariage aujourd'hui de plus en plus rare, donc précieux."

Famille recomposée
Pour jouer les rôles des deux frères, Paul et Jonathan, Christophe Honoré a réuni dans son troisième film deux comédiens qu'il connaît bien : Romain Duris campait l'ami homo de Béatrice Dalle dans Dix-sept fois Cécile Cassard, son premier opus sorti en 2002. Quant à Louis Garrel, il incarnait le fils (et compagnon de débauche) d'Isabelle Huppert dans Ma mère, son film suivant, sorti en 2004. Ajoutons que l'icône underground Joana Preiss apparaissait elle aussi au générique de cette adaptation de Georges Bataille.

De courir Romain s'est arrêté
Autre surprise : Romain Duris joue pour une fois le rôle d'un jeune homme introverti. "On s'est souvent contenté de son energie, sa nervosité, sa rapidité, une façon d'être au monde apparemment immédiate", fait remarquer le cinéaste. "Pourtant Romain est quelqu'un qui se met très souvent en retrait par rapport au monde. Je lui avais dit à propos de son rôle : "Tu vas être une pierre posée au milieu du film. Tu ne diras pas grand-chose, tu seras comme abandonné. Ce n'est pas toi qui seras le carburant de la fiction mais tu en seras l'origine." Ca lui faisait un peu peur, mais je crois que ça l'excitait beaucoup."

Louis et la parole
Christophe Honoré a exploité le côté loufoque de Louis Garrel, un comédien habitué aux rôles de garçon torturé. Il explique ce choix : "Louis a une très grande force d'improvisation, et une manière de rendre naturel n'importe quel dialogue. Après Ma mère, je voulais lui proposer un personnage de garçon pas tourmenté du tout, très désinvolte. Son rôle s'est d'abord construit là-dessus. Et puis j'ai eu envie, peut-être parce qu'on avait travaillé ensemble au théâtre [pour la pièce Dionysos impuissant, présentée à Avignon en 2005, dans laquelle jouait également Joana Preiss], qu'il soit le relais de ma personne au sein du film. C'est comme ça qu'est née cette distinction entre narrateur et personnage. Il est devenu le conteur d'un film dont tous les personnes, par ailleurs, ne cessent de se raconter des histoires. Toutes ces histoires sortant finalement d'un pot commun : ma propre mémoire familiale."

Vagues de cinéphilie
A travers la présence au casting, dans le rôle des parents, de Guy Marchand et Marie-France Pisier, deux acteurs vus chez Truffaut (le premier dans Une belle fille comme moi, la deuxième dans Antoine et Colette, Baisers volés et L'Amour en Fuite), Christophe Honoré rend hommage à la Nouvelle Vague. A ce sujet, il raconte cette anecdote de tournage : "(...)[les acteurs] étaient émus les uns par les autres. La scène dans la cuisine entre Marie-France Pisier et Guy Marchand par exemple tient là-dessus, pas à des mouvements de caméra compliqués. C'est eux qui font la scène. Sans doute parce qu'ils ne s'étaient pas revus depuis longtemps. On avait commencé à tourner la scène, et puis on est partis manger. Il était déjà tard dans la nuit. Et Guy s'est mis à parler des lettres qu'il avait reçues de François Truffaut. Marie-France Pisier était à côté, elle ne disait rien. Alors que des lettres de Truffaut, j'imagine qu'elle doit en avoir, et des bien plus exaltées ! Et Guy le sait aussi. Et tout d'un coup, Marie-France demande à Guy : "Au fait, avec Brigitte Bardot, vous êtes sortis ensemble ou pas ?" Ils se sont mis à parler de Bardot, de sa difficulté à être vedette. Et là, on était dans le cinéma français, absolument."

Le pari "Dans Paris"
La filiation avec la Nouvelle vague peut aussi se retrouver dans la manière dont le film a été produit et tourné. "L'histoire de ce film est très liée à sa production, confie le cinéaste : "Au départ, il y a eu le désir, avec Paulo Branco, mon producteur, de tourner un film très vite. On était au début de l'été et nous avons décidé de tourner à Noël. Par chance, Romain et Louis étaient libres à cette date. A partir de là, j'ai écrit un scénario très rapidement pour le déposer dans différentes commissions, dont aucune ne nous a donné d'argent au final. Mais Paulo a tenu promesse, et on a tourné le film en seulement 31 jours. Et on l'a monté en à peine deux mois. Dans Paris a été fait sur cette énergie, et je ne le regrette pas du tout. Faire un film comme on écrit une lettre. J'ai toujours adoré ça en tant que spectateur : aller voir des films pour prendre des nouvelles des cinéastes, des acteurs, d'une ville. Si on refaisait Dans Paris l'hiver prochain, ce ne serait pas le même film. C'est presque politique comme geste, une façon de lutter contre la manière dont on veut nous faire faire des films aujourd'hui."

BO comme du Beaupain
La musique originale de Dans Paris est signée Alex Beaupain, vieux complice du cinéaste (on lui doit déjà la BO de Dix-sept fois Cécile Cassard). Si on entend également ses compositions dans Qui a tué Bambi ?, il ne se consacre pas uniquement à la musique de film : Garçon d'honneur, un disque de pop française, le premier album de cet auteur-compositeur-interprète, est ainsi sorti en 2005. Pour revenir à Dans Paris, signalons que Romain Duris et Joana Preiss interprètent en duo (mais par téléphone...) un des morceaux écrits par Beaupain. Ce n'est pas la première fois que la comédienne chante : elle fait partie du duo expérimental White Tahina, qui s'est notamment produit en 2005 au Festival Art Rock de Saint Brieuc -une performance captée par un certain Olivier Assayas, et qu'on retrouve dans le DVD Noise. Une autre chanteuse-actrice fait une apparition dans le film : Helena Noguerra.
Cahiers du Cinéma
"Le troisième film detophe Honoré carbure à la croyance qu'il existe quelque chose qui permet de faire exister ensemble 90 minutes durant, des états contraires. Cela s'appelle le cinéma. Ca marche ou ça ne marche pas, cette fois ça marche du tonnerre."

Les Inrockuptibles
"Haut la main, le meilleur film français de l'année. Intimiste, émouvant, d'une justesse et d'une subtilité infinie."

MCinéma.com
"Les répliques tombent à pic, les situations amusent, les gestes touchent, et la judicieuse distribution distille tout son art. On en redemande."

Chronic'art.com
"Dans Paris est un film plaisant, où le drame est toujours enrobé d'une certaine ironie burlesque, ce qui n'est pas dénué d'une certaine élégance."

L'Humanité
"Christophe Honoré assume ici l'héritage de la nouvelle vague c'est-à-dire qu'il l'intègre et le métamorphose dans un processus de création singulier, jusque dans les images lumineuses d'un Paris qu'aucune sociologie n'aplatit."
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