SHIZO

Réalisateur : Gulshat Omarova
Casting :
Divers : Kazakhstan / Russie / France / Allemagne - 2005 - 1h26 min - VOSTF
Prix : Sélection officielle Un Certain Regard Cannes 2004
Shizo vit dans la steppe. C'est un adolescent rêveur à l'avenir incertain. Entraîné par le petit ami de sa mère dans les cercles de la mafia locale, Shizo est chargé de recruter des boxeurs pour des combats illégaux. La vie du jeune Shizo va basculer lorsqu'un des boxeurs mortellement blessé lui demande de reverser les gains du combat à sa femme et à son enfant.
LE KAZAKHSTAN des temps nomades à nos jours

Aux confins des mondes russe, chinois et iranien, les grandes étendues de steppes du Kazakhstan, théâtre des grandes invasions mongoles, ont été longtemps le domaine exclusif des nomades et de leurs troupeaux. Les tribus kazakhes y parcouraient de longues distances à la recherche de pâturages, déplaçant au fil des saisons leurs campements et entraînant dans cet inlassable mouvement leurs femmes et leurs enfants. Ces cavaliers des steppes, pilleurs ou protecteurs, contrôlaient les caravanes commerciales venues de Russie ou des oasis du Turkestan. Leur vision du
monde, en harmonie avec la nature, était imprégnée de traditions chamaniques et de préceptes musulmans dont la musique gutturale et lancinante de la bande originale du film se fait l ‘écho. Les incursions des tribus mongoles venues de Chine et les ambitions de la Russie impériale fragilisèrent l’équilibre de ce monde nomade qui, petit à petit, entra sous la domination de l’Empire des tsars. L’entrée des Kazakhs dans l’Union soviétique après la Révolution de 1917 s’imposa comme un bouleversement violent. Les nomades prirent le chemin de l’exil ou périrent en grand nombre quand ils tentèrent d’échapper à la sédentarisation forcée et à la confiscation de leur bétail. Dans le même temps, de nombreux déportés russes et ukrainiens arrivaient
dans cet univers hostile, suivis plus tard par des migrants cherchant du travail. Dans les villes, sur les chantiers de l’industrialisation, les ouvriers kazakhs croisaient leurs congénères européens tandis que se
construisait une société soviétique hétéroclite. Quant aux Kazakhs des campagnes, ils vivaient désormais de manière sédentaire dans des kolkhozes où ils élevaient du bétail et cultivaient les champs. Ils participaient
aux réunions du Parti et y faisaient carrière, leurs enfants allaient à l’école et, comme toute la jeunesse d’URSS, ils admiraient Gagarine.
Déracinés et minoritaires, les Kazakhs l’étaient surtout en ville où le russe était la langue dominante.
L’effondrement de l’URSS va ébranler cette société qui avait finalement réussi à établir ses propres normes et à composer avec sa diversité — l’indépendance du Kazakhstan rimant aussi avec néolibéralisme, crise
économique et quête identitaire. Une situation explosive contenue par un État autoritaire qui cherche sa voie entre Europe et Asie. Face à ce chaos, une partie de la population a rejoint en masse la Russie, l’Occident et
parfois Israël. Mais point d’Eldorado pour la majorité de la population qui a dû rester au Kazakhstan. Réduits aux trafics et stratagèmes en tout genre pour survivre, elle côtoie dans les villes l’opulence ostentatoire des
nouveaux riches, qui tirent leur fortune récemment acquise des subsides du pétrole et de leur connivence avec les hautes sphères politiques. Car le Kazakhstan possède des gisements, secondaires à l’échelle mondiale, mais qui l’ont placé au cœur du jeu géopolitique régional où, non loin de l’Afghanistan, s’affrontent notamment la Russie, les États-Unis et la Chine.
Isabelle Ohayon (historienne de l’Asie centrale, auteur de La sédentarisation des Kazakhs dans l’URSS de Staline, Paris, Maisonneuve et Larose, 2005, à paraître)

CHRONOLOGIE
1731/1740 Soumission des Kazakhs à la Russie.
1820/1822 Création du premier système d’administration coloniale des steppes kazakhes
1916 "Révolte des steppes" : les Kazakhs s’opposent à la conscription obligatoire pendant la Première guerre mondiale
1917 Révolution russe
1920 Le Kazakhstan devient une République Socialiste Soviétique.
1928/1932 Début du stalinisme, sédentarisation forcée et collectivisation : mort d’1,3 million de Kazakhs (1/3 de la population), déportation de populations slaves, création des camps du Goulag.
1941/1945 Déportation au Kazakhstan de la communauté allemande de Russie et des peuples du Caucase durant la Seconde Guerre mondiale
(860 000 personnes)
1950/1960 Mise en place du cosmodrome de Baïkonour.
1953 Premier essai nucléaire dans la région de Semipalatinsk (Nord-Est du Kazakhstan)
1954/1964 Grande campagne de mise en valeur agricole des terres vierges du nord du Kazakhstan.
1991 Dissolution de l’URSS et indépendance du Kazakhstan
1992/1999 Fortes vagues d’émigration, 2 millions de départs sur 16 millions d’habitants
1997 Décision de transférer la capitale du Kazakhstan d’Almaty à Astana
1999 Réélection du Président Nursultan Nazarbaev, ancien Secrétaire du Parti communiste du Kazakhstan, au pouvoir depuis 1990.

ENTRETIEN AVEC LA RÉALISATRICE
Le Monde
Non dénué d'humour (les visites chez un médecin hypocondriaque), le film conjugue deux points de vue. La description du monde des hommes est quasi documentaire [...] C'est avec infiniment de pudeur et de maturité que Guka Omarova raconte cette histoire d'initiation.

Les Inrockuptibles
Shizo reste un film pittoresque sur la vie, l'amour, la famille, dans une région où l'humain fait figure d'aberration anecdotique.

Libération
Le jeune acteur est génial.

Le Point
On est conquis par le regard attentif et distant à la fois, que la réalisatrice kazakhe porte sur son protagoniste singulier, surprenant, attachant. Le désert n'exclut pas l'intimité et l'aridité la délicatesse. On peut donc s'inventer une vie au fin fond du Kazakhstan. Et même y tourner des films dignes d'être vus.
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