SAMARIA

Réalisateur : Kim Ki-duk
Casting :
Divers : Corée du Sud - 2004 - 1h 35 - VOSTF
Prix : Ours d'Argent de la Meilleure réalisation au Festival de Berlin 2004
Yeo-Jin n'a pas encore vingt ans ; elle vit avec son père veuf. Sa meilleure amie, Jae-Young, est prostituée. Yeo-Jin lui sert pour ainsi dire de manager - elle fait le tri des clients et veille à ce qu'ils paient leur dû. Un jour, Jae-Young s'amourache de l'un d'eux et lui donne rendez-vous pour un dîner à trois. Yeo-Jin se fâche de cet excès d'intimité et Jae-Young annule le rendez-vous. Peu de temps après, Yeo-Jin commet une faute aux conséquences funestes. Elle fait comme d'habitude le guet lorsque Jae-Young disparaît dans le motel avec un homme. Cette fois-ci, Yeo-Jin n'a toutefois pas remarqué les policiers qui traquent les prostituées mineures...
Kim Ki-Duk : printemps, été, automne...
Pas moins de trois films de Kim Ki-duk sont sortis en France en 2004 : le contemplatif "Printemps, été, automne, hiver... et printemps" en avril, puis un film d'espionnage peu banal, "The Coast guard" (que le réalisateur avait tourné en 2002), début septembre, et enfin le drame social "Samaria" en octobre. En outre, le prolifique Coréen, qui a signé dix films en seulement huit ans, a présenté cette année à la Mostra de Venise "Fer 3", pour lequel il a reçu le Lion d'argent de la meilleure réalisation.

Ours d'argent à Berlin
Présenté au Festival de Berlin en 2004, "Samaria" a valu à Kim Ki-duk l'Ours d'argent de la Meilleure réalisation.

Ki-Duk immoral ?
Le cinéaste précise ses intentions : "En Corée, lorsque vous regardez les informations à la télévision, les faits sont pratiquement toujours relatés de la façon suivante : les hommes qui sont coupables sont représentés comme des êtres diaboliques, et les filles sont traitées comme de pauvres victimes innocentes. Certains hommes se sont véritablement suicidés à cause de ce genre de scandale. Dans mon film, j'ai voulu interpréter cela de manière différente. J'ai cherché à donner les raisons qui avaient poussé ces hommes à agir de la sorte et à moins montrer les filles comme des victimes."

Ki-Duk violent ?
Le cinéaste revient sur la violence de certaines scènes de ses films : "Cette violence que l'on voit dans mes films représente une partie de la réalité de la société coréenne. Je n'invente rien. La plupart de mes scénarios s'inspirent de ma propre expérience (...) Concernant les scènes de claques de Samaria, j'ai dû m'en donner une à moi-même (...) pour leur montrer l'exemple. Je leur demande ensuite si ça leur pose un problème de faire la même chose. M'ayant vu agir de la sorte, ils se sentent obligés d'en faire autant."

Ki-Duk sexiste ?
Le cinéaste répond aux accusations de sexisme formulées par certains spectateurs : "Lorsque le film "Bad guy" est sorti en Corée, un journal féministe a créé un site Internet "anti-Bad guy". Je comprends très bien pourquoi elles le prennent mal, mais je pense que si elles y regardent de plus près, elles changeront peut-être d'avis. Je n'ai jamais décrit les femmes comme étant inférieures aux hommes. Au contraire, je pense que les femmes sont précieuses, belles, géniales... Sur le site officiel de Bad guy, 70% des fans étaient des femmes. Je pense que le public féminin est plus réceptif à mes films."

Le thème de la prostitution
Le thème de la prostitution est récurrent dans l'oeuvre de Kim Ki-duk. Dans "Birdcage Inn", son troisième film, le cinéaste coréen contait déjà le parcours d'une jeune prostituée qui arrive dans une auberge et bouleverse la vie de ses habitants, puis dans Bad guy, il décrivait la relation complexe entre un gangster proxénète et une jeune étudiante.

Cinéaste et producteur
A la suite des difficultés qu'il a rencontrées dans le passé pour trouver des financements, Kim Ki-duk a choisi de produire lui-même "Samaria". Il a renouvelé cette éxpérience pour son film suivant, "Fer 3". Par ailleurs, pour des raisons de budget, le cinéaste choisit souvent des comédiens non-professionnels : c'est le cas deux comédiennes principales de "Samaria".

Sur tous les fronts
Réalisateur et producteur, Kim Ki-duk est également scénariste, monteur et chef-décorateur de "Samaria".
ENTRETIEN AVEC LE REALISATEUR
KIM KI-DUK

En tant qu'artiste, vous avez débuté dans la peinture. Pensiez-vous ensuite que le cinéma serait le meilleur moyen pour vous exprimer ?
J'aime dessiner depuis mon enfance. J'ai arrêté mes études après l'école primaire. Je pensais que m'engager dans l'armée me permettrait de mener une vie assez stable. Après l'armée, j'ai commencé à travailler, mais aucune profession ne m'attirait. Alors, j'ai décidé de partir pour la France. La FRance était pour moi le lieu idéal pour peindre. Je croyais qu'il y aurait un marché pour la peinture. Mais finalement le cinéma est un moyen d'expression plus efficace et convaincant que la peinture.

L'armée a été une expérience positive pour vous ?
La plupart des coréens qui font leur service militaire gardent de bons souvenirs, romantiques, nostalgiques, mais, on peut être aussi traumatisé après de mauvaises expériences. Je pense que la plupart des coréens vivent avec les habitudes qu'ils ont prises à l'armée. Donc je pense qu'il y a autant de positif que de négatif.

Depuis vos débuts, vous construisez une oeuvre cohérente où des thèmes réccurents appparaissent dans chacun de vos films. Avez- vous l'impression de reprendre des élélments de vos anciens films pour les améliorer dans les suivants ?
Il est vrai que tous mes films se ressemblent un peu et que les thèmes se répètent mais ce n'est pas volontaire de ma part, c'est plutôt inconscient. Je les fais à l'instinct. Mais par contre, en faisant des films, je change d'avis ma vision du monde et de la vie change.

SAMARIA est votre troisième film qui traite de la prostitution après BIRDCAGE INN et BAD GUY…
En fait, même si SAMARIA semble se situer dans la lignée de ces deux films, je ne l’ai pas vraiment imaginé de cette manière. La prostitution est un thème assez vaste qui m’interpelle plus ou moins et je ne pense pas que ce soit quelque chose de vraiment marginal. C’est un vaste sujet. Quand par exemple vous offrez un collier à une fille avec qui vous sortez, et qu’après cette fille couche avec vous, peut-on considérer cela comme une forme de prostitution ?

Et quel regard portez-vous sur les hommes d’un certain âge qui payent des jeunes filles en échange de leurs faveurs ?
En Corée, lorsque vous regardez les informations à la télévision, les faits sont pratiquement toujours relatés de la façon suivante : les hommes qui sont coupables sont représentés comme des êtres diaboliques, et les filles sont traitées comme de pauvres victimes innocentes.
Certains hommes se sont véritablement suicidés à cause de ce genre de scandale. Dans mon film, j’ai voulu interpréter cela de manière différente.
J’ai cherché à donner les raisons qui avaient poussé ces hommes à agir de la sorte et à moins montrer les filles comme des victimes.

Certains de vos films sont considérés par certains comme sexistes.Qu’en pensez-vous ?
Lorsque le film BAD GUY est sorti en Corée, un journal féministe a créé un site Internet “anti-BAD GUY”. Je comprends très bien pourquoi elles le prennent mal, mais je pense que si elles y regardent de plus près, elles changeront peut-être d’avis. Je n’ai jamais décrit les femmes comme étant inférieures aux hommes.
Au contraire, je pense que les femmes sont précieuses, belles, géniales... Sur le site officiel de BAD GUY, 70% des fans étaient des femmes. Je pense que le public féminin est plus réceptif à mes films.

Comme dans vos précédents films, SAMARIA comporte quelques scènes assez violentes. Certaines sont d’un réalisme impressionnant.
On a même l’impression que certains acteurs reçoivent de vraies claques dans le film.
Cette violence que l’on voit dans mes films représente une partie de la réalité de la société coréenne.
Je n’invente rien. La plupart de mes scénarios s’inspirent de ma propre expérience.
Quand le film CROCODILE est sorti, il n’y avait pas vraiment de films qui parlaient de person-nages négatifs.
Le cinéma montrait plutôt des héros de type Hollywoodien ou bien des gangsters héroïques.
Donc CROCODILE était assez choquant pour le public. Mais il y a toujours eu une poignée de gens pour soutenir mes films et qui les soutiennent toujours actuellement.
Concernant les scènes de claques de SAMARIA, j’ai dû m’en donner une à moi-même comme ça (il s’en donne une !) pour leur montrer l’exemple. Je leur demande ensuite si ça leur pose un problème de faire la même chose. M’ayant vu agir de la sorte, ils se sentent obligés d’en faire autant.

SAMARIA est le premier film que vous avez produit. Pourquoi ?
Est-ce si difficile de monter vos projets malgré votre reconnaissance internationale depuis quelques années ?
Oui, il est assez difficile pour moi de faire financer mes films. J’ai produit SAMARIA également pour avoir une plus grande liberté artistique. Je suis ainsi passé par moins d’intermédiaires, et j’ai trouvé cette façon de travailler très plaisante et efficace. Ma société n’est pas exactement une vraie maison de production. Quand je tourne un film, il y a deux ou trois personnes qui travaillent avec moi. Mais quand on ne tourne rien, la boîte n’est pas en activité.

Vous avez modifié la fin du film, qui, à l’origine était beaucoup plus sombre.
Cette première fin est donc finalement devenue une scène onirique.
La conclusion est devenue un peu plus optimiste. Pourquoi ?
Effectivement, la scène que vous voyez dans le rêve devait être une scène réelle. On m’a conseillé de ne pas faire une fin aussi sombre. Concernant la fin conservée, je laisse le spectateur libre d’imaginer ce qui se passe, lorsqu’elle est séparée de son père et livrée à elle-même. Pourra t-elle s’en sortir grâce à l’éducation que celui-ci lui a donnée ?
Peut-être que oui, peut-être que non.

La scène du baiser peut laisser penser qu’il y a plus qu’une amitié entre les deux jeunes filles. Etait-ce votre intention au départ de suggérer cela ?
Non, pas du tout. Ce baiser n’a rien de vraiment sexuel. Ça reste de l’amitié. Une amitié très forte.
On peut penser ce que l’on veut de cette scène, mais je ne l’ai pas faite dans le but de montrer qu’il y a quelque chose entre elles.
Il s’agit d’une amitié qui va au delà du physique. Quelque chose de fusionnel.

Vous avez tourné SAMARIA en 10 jours. Etait-ce pour des raisons économiques ou une sorte d’exercice de style, comme ce fut le cas pour REAL FICTION ?
Si j’ai tourné SAMARIA en un temps si court, c’est pour une raison purement économique. Je n’avais pas de moyens, que vouliez-vous que je fasse ? Je ne me suis pas lancé de défi en me disant “oui ! je vais faire un film en 10 jours !”. C’est vraiment parce que le budget était très limité. Concernant REAL FICTION, je voulais prouver qu’il était possible de raconter une histoire en temps réel. Que dans une durée très courte, beaucoup de choses pouvaient se passer.

Avez-vous été surpris de recevoir le Prix de la mise en scène à Berlin pour SAMARIA ?
J’étais très content bien sûr. Mais en même temps, je pensais aussi que recevoir un prix si-gnifiait la mort artistique d’un réalisateur.Je pensais que je ne pourrais peut-être plus faire de films après (sourire).
Je pourrais également attraper la grosse tête aussi. Lorsque j’ai appris que j’avais gagné, j’étais à Paris, au restaurant avec des amis et j’ai dit “Zut ! J’avais demandé qu’on ne me donne pas de prix” (sourire).
En fait, je suis très heureux, mais je ne sais pas si cela m’ouvrira de nouvelles portes.

Pourtant, grâce à votre notoriété, beau-coup de grandes stars du cinéma coréen souhaitent sûrement travailler avec vous ?
Pour "THE COAST GUARD", Jang Dong-gun, l’acteur principal, a accepté de tourner pour le dixième de son cachet habituel.
Comme je réalise des films à petits budgets, je tourne souvent avec des non-profession-nels, comme ce fut le cas pour les deux actrices de "SAMARIA". De plus, avec ce genre d’actrices, je peux toujours obtenir quelque chose d’intéressant, de naturel.

Vos films sont tous des drames, pourtant la plupart possèdent un certain humour, noir le plus souvent. Pensez-vous vous diriger un jour vers un type de film un peu plus léger ?
Un jour, peut-être. Mais ce ne sera sûrement pas une comédie burlesque.
Ce sera sûrement très ironique avec beau-coup d’humour noir.
Score
Des chassés-croisés d'une intensité poétique inouïe entre le père, la fille et les clients et qui ne cessent de s'accroître jusqu'à un faux final qui laisse le spectateur pantois, mais jamais coupable de voyeurisme.

L'Express
Cinéaste de la violence extrême (...) et créateur boulimique, Kim Ki-duk livre son plus beau long-métrage (...). Avec cette inoubliable chronique adolescente, le Coréen ajoute des larmes, mais aussi quelques grammes d'espoir à sa magnifique toile infernale, entamée il y a dix ans déjà.

Studio Magazine
Avec cette histoire de deux adolescentes (...), le cinéaste réalise l'une de ses oeuvres les plus abouties, les plus sensibles (...).

aVoir-aLire.com
Tout à la fois glauque et lyrique, beau et démesuré, dérangeant et intransigeant, "Samaria", moins esthétisant et aussi incisif que les autres Kim Ki-duk, confirme le talent d'un artiste hors pair qui n'est pas que bon à filmer la beauté des lacs et le changement des saisons.

Ciné Live
Une parabole moderne sur la culpabilité et le salut, mise en scène avec une sobriété impeccable, dans la tradition d'un cinéma plus japonais que coréen.
  • Inscrivez-vous à la newsletter
  • Contact : 0692 68 77 09
  • 242 382 visiteurs